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  • Photo du rédacteurEric Lefèvre

Etre essentiel n’est pas un état, c’est un rôle !

Dernière mise à jour : 6 mai 2022



Je serai toujours du côté des artistes.

C’est définitif.

Je les aime tous : les géniaux, les insoumis, les casse-pieds, les incompréhensibles, les rêveurs, les drogués de l’ego, les timides du succès, les francs du collier, les collectionneurs de soleil, les vendangeurs du beau, les vendeurs de mensonges, les athlètes de l’émotion, les bonimenteurs d’histoires à dormir debout... Tous !

Même ceux qui blessent ma patience.

Tous je vous dis !


Mais ne vous y trompez pas, je ne les aime pas par choix mais bien par goût.

Car c’est bien ça qu’est un artiste : un accrocheur de saveurs sur nos rêves de liberté.

Et cette liberté se reconnaît à sa fragrance si particulière. Elle a d’abord cette amertume caractéristique du confort bousculé mais qui se transforme rapidement en un savant dosage suave ou repoussant qui relève les envies endormies.

La liberté de l’artiste peut ainsi être un exhausteur d’égouts comme elle peut être ce parfum qui relève l’envie d’être soi. Cette liberté, c’est l’oxygène de notre honnêteté.


C’est exactement en cela que les artistes nous sont essentiels car ils respirent nos vies, notre société, nos mœurs et nous les renvoient pour que nous puissions les voir autrement, sous un autre angle, dans un autre temps, vêtus d’autres vibrances.

Remarquons d’ailleurs qu’ils sont toujours parmi les premières cibles de ceux qui veulent imposer, dicter ou brâmer leur besoin d'uniformité. C’est tellement logique : la liberté, c’est le cauchemar de l’ego. C’est en cela que les artistes sont des indicateurs précieux d’une démocratie véritable car être artiste n’est pas un état, c’est un rôle ! Et ce rôle est essentiel pour l’hygiène mental de la cité.


Mais plus encore, les artistes savent nous redéfinir le beau. Ils le réinventent, ils l’auscultent et le magnifient. De la beauté de l’abject à la brutalité de l’harmonie, de "La fontaine" de Duchamp aux angelots de Raphaël, ils utilisent leur incroyable palette de sensibilités pour rehausser les nôtres. Ainsi il n’y a pas d’artistes qu’on n’aime pas, il ne peut y avoir que des artistes qu’on ne comprend pas… même si ce n’est pas toujours de notre faute.


Bref, les artistes sont l’essence "ciel" de ceux qui veulent garder les pieds bien sur terre.

Les aimer, c’est donc nous respecter.


Voilà pourquoi je supplie tous les artistes de continuer à parler, à dessiner, à sculpter, à rêver, à conter sans compter, à créer la vie par tous les moyens car sans vous, nous pourrions devenir sourds à trop écouter les tambours.



« Le rôle des artistes est de faire bouger les frontières mentales. »

Samira Makhmalbaf

Réalisatrice iranienne

Le Nouvel Observateur (12/10/2000)

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